ON L’A PAS PRISE POUR UN COMPLIMENT
Le succès de Femme commerçante précède son enregistrement. La chanson avait déjà conquis le public parisien et celui des pays scandinaves pendant la tournée européenne de M’Pongo Love, et c’est fort de cet accueil qu’elle entre en studio en 1982 sous la férule de Safari Ambiance, pour un album référencé SAS 036 qui rassemble les titres de ce parcours. L’ordre des choses mérite d’être noté. Le morceau ne s’est pas imposé depuis Kinshasa vers l’extérieur, il a d’abord fonctionné devant des salles qui ne comprenaient ni le lingala ni le kikongo. Ce qui portait là-bas, c’était la voix, la section cuivres, la conviction du phrasé. Le texte, lui, attendait son public réel.
Ce public l’a trouvé, et avec lui une interprétation qui s’est figée. La chanson est aujourd’hui présentée comme un hommage au courage et à la détermination des femmes, considérées comme actrices essentielles du développement et de l’épanouissement de leurs foyers, avec en figure centrale celle qui pratique le commerce fluvial au péril de sa vie pour nourrir ses enfants. Rien de faux là-dedans. Mais si l’on suit le texte ligne à ligne, M’Pongo Love passe très peu de temps à féliciter. Elle passe l’essentiel du morceau à dire quoi faire. La différence n’est pas cosmétique : un hommage regarde, une consigne engage. Femme commerçante appartient à la seconde catégorie, et c’est précisément ce qui lui a permis de survivre à quarante ans de commentaires.