Longembo : Jean Goubald commence par accuser l’étranger et finit par accuser l’Afrique

Écrite en 2006, chantée par Jean Goubald lui-même avant d’être confiée à Papa Wemba, la chanson s’ouvre sur un champ piétiné et se referme sur une chauve-souris. Entre les deux, Jean Goubald Kalala pose un diagnostic que la rumba formule rarement aussi crûment : le continent a lâché l’héritage des anciens sans avoir vraiment gagné le Livre venu d’ailleurs.
Jean Goubald Kalala (de son vrai nom Jean-Marie Kalala Midibu) est un chanteur, guitariste et auteur-compositeur congolais

LE CHAMP, LA SEMENCE, ET CELUI QUI L’A PIÉTINÉE

La chanson commence par une question, répétée comme on répète une plainte devant un tribunal coutumier : qui est entré dans mon champ de riz et de maïs ? L’intrus a foulé toutes les semences, puis il a semé les siennes, sans la moindre honte. Le vers suivant referme le piège : pour semer de nouveau, il faut désormais l’appeler, lui. La dépossession ne s’arrête pas au vol, elle installe la dépendance. L’image agricole tient de bout en bout, et elle se lit sans effort.

Goubald nomme ensuite l’auteur du saccage. Le mopaya, l’étranger, est arrivé avec son intelligence et a piétiné de ses pieds tout l’ordre ancestral ; les aïeux ont été réduits en servitude ; là où la semence a été plantée, elle a pris la maladie. Le vers ne dit pas la force mais le savoir, et cette nuance prépare tout le reste du morceau : ce n’est pas seulement une terre qui est prise, c’est une manière de comprendre le monde qui est déclarée périmée. L’auteur glisse au passage une objection de bon sens : où a-t-on jamais vu qu’on suive un destructeur, quand la paix elle-même le ramène à ses ravages ? Puis vient l’apostrophe, qui donne au morceau sa charge : Afrique, je chante pour toi, pour que tu sortes de ton sommeil. : où a-t-on jamais vu qu’on suive un destructeur, quand la paix elle-même le ramène à ses ravages ? Puis vient l’apostrophe, qui donne au morceau sa charge : Afrique, je chante pour toi, pour que tu sortes de ton sommeil.

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