Verckys n’a jamais douté de Dieu, il a mis en cause son portrait.

En 1972, un saxophoniste de vingt-huit ans enregistre une chanson qui ne conteste rien, ne blasphème rien, n’affirme rien. Elle se contente de poser une question. L’Église catholique y répondra par l’excommunication, et le régime de Mobutu par une diffusion en boucle sur les ondes nationales. Cinquante ans plus tard, dans un pays que sa Constitution déclare laïc et que ses rues déclarent croyantes chaque dimanche matin, la question n’a toujours pas reçu de réponse.
Le musicien et producteur Verckys Kiamuangana Mateta – Photo : Pan African Music

L’HOMME AUX POUMONS D’ACIER

Georges Kiamuangana Mateta naît le 19 mai 1944 à Kisantu, dans le Kongo central, et découvre le saxophone en regardant les fanfaristes du bar familial d’Aketi. Il entre au TP OK Jazz de Franco en 1963, s’y fait un nom par un jeu claironnant qui force l’entrée du sébène jusque-là réservé aux guitaristes, puis se fait renvoyer pour avoir enregistré en marge de l’orchestre. À vingt-cinq ans, il devient son propre patron : l’orchestre Vévé sort officiellement au bar Vis-à-vis en juin 1969, et les Éditions Vévé suivent dans la foulée. Il est le premier Congolais à posséder son label et son studio d’enregistrement, dans un pays où la musique se vendait jusque-là sous licence étrangère.

Ce qu’il construit ensuite tient moins de la carrière que de l’infrastructure. Zaïko Langa Langa, Empire Bakuba, Bella Bella, Lipua Lipua, Kiam, Langa Langa Stars, Victoria Eleison, Nyboma, Pépé Kallé, Koffi Olomidé : une génération entière passe par ses écuries, ses bandes, ses pressages. Il ouvre une usine de pressage à Kinshasa en 1984, préside l’Union des musiciens, puis le conseil d’administration de la Socoda. Il aura sacrifié une part de sa propre discographie à faire exister celle des autres, ce qui est la définition la plus exacte d’un producteur et la plus ingrate.

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