Vany Makiese & Pons Makiese
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Miguel Masaisai n’est pas mort sur son vélo.
Parti de Goma le 1er mai 2026 pour relier Rabat au nom de la paix dans l'Est de la RDC, le cycliste de 23 ans a été tué le 18 septembre près de Ouesso, dans le nord du Congo-Brazzaville, tout près du Cameroun. Ici, la route n'a pas fait chuter un coureur : elle a emporté un passager de taxi, parti faire réparer le vélo qui portait son message.
Antidote : Ariel Kabuya sait ce qui le tue, et il en redemande.
Sorti le 11 septembre 2026 sous distribution Ditto Music, « Antidote » installe Ariel Kabuya dans une confession Afro-R&B où la personne aimée est à la fois la maladie et le seul traitement imaginable. Premier jalon d'un projet à venir, le single condense ce que le chanteur kinois construit depuis « Charo » : une écriture amoureuse qui refuse la posture, assume la contradiction et préfère la lucidité au réconfort.
Longembo : Jean Goubald commence par accuser l’étranger et finit par accuser l’Afrique
Écrite en 2006, chantée par Jean Goubald lui-même avant d'être confiée à Papa Wemba, la chanson s'ouvre sur un champ piétiné et se referme sur une chauve-souris. Entre les deux, Jean Goubald Kalala pose un diagnostic que la rumba formule rarement aussi crûment : le continent a lâché l'héritage des anciens sans avoir vraiment gagné le Livre venu d'ailleurs.
Verckys n’a jamais douté de Dieu, il a mis en cause son portrait.
En 1972, un saxophoniste de vingt-huit ans enregistre une chanson qui ne conteste rien, ne blasphème rien, n'affirme rien. Elle se contente de poser une question. L'Église catholique y répondra par l'excommunication, et le régime de Mobutu par une diffusion en boucle sur les ondes nationales. Cinquante ans plus tard, dans un pays que sa Constitution déclare laïc et que ses rues déclarent croyantes chaque dimanche matin, la question n'a toujours pas reçu de réponse.
Makolo ya Massiya : Carlyto Lassa n’a pas chanté Dieu, il a chanté Kinsala.
Neuf minutes et onze secondes, en ouverture de l'album Africa na Moto publié par Syllart Records en 1996. Depuis la mort de Carlyto Lassa, lundi 31 août 2026 à Cincinnati, les nécrologies rattachent le titre à sa période chrétienne. Le texte dit tout autre chose : une femme qu'on lui a prise contre de l'argent, Judas convoqué à la barre, et une douleur que le chanteur compare aux pieds cloués du Messie. Le pasteur viendra après. La chanson, elle, appartient encore au monde.
Sur Holy God, Bantu B ne demande pas la chute de ses ennemis.
Sorti le 27 mai 2026 en distribution exclusive Mukongo Business, le single de l'artiste kinois Bantu B pose une prière en lingala sur trois minutes d'afrobeat. Le geste central du texte est un renversement : au lieu de livrer ses adversaires au jugement divin, l'artiste les fait entrer dans la demande de bénédiction.
ELYGHA rompt à la place d’une autre.
Sorti le 14 février 2026, jour de la Saint-Valentin, Amour intérêt n'est ni une chanson d'amour ni tout à fait une chanson de rupture. C'est une chanson de conseil. Un homme y écrit au féminin, dit « je » à la place d'une femme, puis se retourne pour s'adresser à elle.
C2B rappe depuis le mot que Kinshasa allume chaque matin
Paru le 23 mai 2025 sous licence Cramcity Entertainement, le morceau porte le nom d'une adresse que personne, à Kinshasa, n'a besoin de se faire situer. Il porte d'abord celui du charbon de bois, le makala que la ville entière achète pour cuire son repas. Deux minutes suffisent à C2B pour rappeler que le même mot désigne ce qui nourrit la capitale et l'endroit où elle consume les siens.
Celles qui ont parlé les premières : EXCISION
En 1997, au sommet d'une carrière de mannequin, une Somalienne de trente-deux ans raconte à un magazine ce qu'on lui a fait à cinq ans. Vingt-neuf ans plus tard, l'excision se pratique encore dans quatre-vingt-quatorze pays et un député gambien demande à la Cour suprême de son pays de la relégaliser. Entre les deux, ce ne sont pas des institutions qui ont ouvert le dossier. Ce sont des femmes qui avaient d'abord subi.
Laetitia Ky rend la parole aux cheveux
Chaque sculpture qu'elle porte sur la tête, vingt minutes de travail parfois, six heures d'autres fois, est démontée le soir même. Ce qui subsiste n'est jamais l'objet, seulement son image. On croit regarder une performeuse née des réseaux sociaux ; on observe une sculptrice dont le matériau repousse, et qui a rendu à la coiffure africaine une fonction qu'elle avait perdue depuis longtemps : dire quelque chose.