C’était ça ou mourir : on a brûlé le livre avant de l’ouvrir

Le premier roman de Thélyson Orélien, couronné du Prix Fnac le lundi 21 septembre, raconte un migrant haïtien qui n’a plus le choix qu’entre la route et la mort. Quatre jours après, c’est le livre qui s’est retrouvé face à la même alternative. L’Académie Goncourt l’a sorti de sa sélection en invoquant de vieux plagiats de l’auteur et un soupçon d’intelligence artificielle que personne n’a démontré à ce jour.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse

DU COMPTE ANONYME AU COMMUNIQUÉ DE L’ACADÉMIE

Tout est parti le jour même de la remise du prix, quand un compte X baptisé « Balance ton Claude » a accusé l’auteur d’avoir fait écrire son roman par une intelligence artificielle. À l’appui, quelques extraits passés dans des détecteurs automatiques, Pangram le premier, et des captures d’écran qui ont fait le tour du réseau bien avant la moindre vérification. L’AFP a refait l’exercice avec d’autres outils. Résultats contradictoires, et l’un d’eux estime même le texte très probablement humain. Orélien dément, et prépare avec Grasset et Boréal un dossier pour prouver qu’il est bien l’auteur de son livre.

Vendredi 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré le roman de sa première sélection, et pas à l’unanimité. Elle le juge selon toute vraisemblance, très largement le produit d’une intelligence artificielle, et admet dans le même communiqué qu’une preuve formelle reste difficile à établir. Il faut relire ces deux phrases côte à côte. Au Québec, Boréal a suspendu la promotion et le Salon du livre de l’Estrie a déprogrammé l’auteur, avant même que le Médicis, le Femina et le Renaudot se prononcent, avant la deuxième sélection du Goncourt attendue le 6 octobre. La rumeur a fait le tour du monde, la vérité en est encore à enfiler ses chaussures.

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