Celles qui ont parlé les premières : EXCISION

En 1997, au sommet d’une carrière de mannequin, une Somalienne de trente-deux ans raconte à un magazine ce qu’on lui a fait à cinq ans. Vingt-neuf ans plus tard, l’excision se pratique encore dans quatre-vingt-quatorze pays et un député gambien demande à la Cour suprême de son pays de la relégaliser. Entre les deux, ce ne sont pas des institutions qui ont ouvert le dossier. Ce sont des femmes qui avaient d’abord subi.
Les excisions sur sol suisse sont très rares, rappelle Denise Schwegler du Réseau suisse contre l’excision. Il s’agit plutôt de femmes ou de filles qui ont été excisées dans leurs pays d’origine avant de venir en Suisse. (Photo d’illustration)

UNE VOIX EN 1997

Waris Dirie naît en 1965 dans un campement nomade des environs de Galkayo, sixième d’une fratrie de douze. On la coupe à cinq ans. À treize, son père l’échange contre cinq chameaux à un homme d’une soixantaine d’années ; elle traverse le désert à pied jusqu’à Mogadiscio, puis atterrit à Londres, où elle passe six années comme domestique à l’ambassade de Somalie, analphabète. Un photographe l’aborde dans la rue. Elle devient l’un des mannequins les mieux payés du monde.

C’est de cette position exacte qu’elle parle. En 1997, elle raconte son excision dans un entretien à Marie Claire. Une femme dont la carrière repose entièrement sur son image choisit de dire ce qu’on a fait à son corps, sans y avoir aucun intérêt et en risquant tout. Kofi Annan la nomme la même année ambassadrice spéciale des Nations unies contre les mutilations génitales, fonction qu’elle occupe jusqu’en 2003. Fleur du désert paraît l’année suivante, se vend à plus de onze millions d’exemplaires en une cinquantaine de langues, devient un film en 2009. Elle fonde la Desert Flower Foundation à Vienne en 2002.

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