UNE PRIÈRE QUI REFUSE LE RÉGLEMENT DE COMPTES
Le texte avance d’abord sur un terrain balisé. Ceux qui saluent sans aimer, ceux qu’on a nourris et qui se mettent à médire, ceux qui guettent la chute : la chanson kinoise connaît cet inventaire par cœur, elle en a fait un genre à part entière depuis des décennies. Bantu B l’installe méthodiquement, avec le vocabulaire du fardeau et de la charge familiale à porter, celui du combat quotidien, celui du talent reçu comme un don qu’il faut faire fructifier. Rien là qui surprenne un auditeur de Kinshasa.
La bascule arrive au refrain. L’appel à Dieu revient trois fois, en anglais, martelé jusqu’à devenir percussion, puis vient la demande. Elle est double, et c’est la seconde moitié qui compte : après la famille, l’ennemi. Le morceau ne réclame pas la punition de ceux qui attendent sa chute, il demande qu’ils soient bénis aussi. Dans un répertoire où la réponse aux détracteurs se règle habituellement par l’invective ou par la démonstration de réussite, la formule déplace la ligne. Elle transforme un morceau de riposte en acte liturgique.