LA MONTAGNE N’EST PAS UN OBSTACLE
Depuis Ain’t No Mountain High Enough, la montagne de la soul sert d’unité de mesure : elle est là pour être franchie, et sa hauteur ne dit rien d’autre que la force de celui qui la traverse. NAËK en inverse la fonction. Sa montagne n’est pas devant, elle est au-dessus, et l’on n’y monte pour prouver quoi que ce soit à personne. Les premiers vers ne la décrivent que par soustraction : nul n’y entend, nul n’y blesse, il n’y reste rien ni personne d’autre que soi. Un lieu entièrement défini par ce qui en est absent.
Le morceau s’ouvre pourtant sur une demande d’autorisation. Laisse-moi monter. Quelqu’un retient donc encore cette voix, et ce lien résiduel est à peu près la seule chose qui subsiste dans un texte d’où tout le reste a été retiré. Vient alors la ligne qui referme la strophe et qui annonce le registre : la voix se déclare morte, et juge inutile de continuer à vivre. Le temps grammatical fait ici tout le travail. La mort n’est pas envisagée, elle est constatée, déjà advenue. La montagne ne sert pas à fuir la vie, elle sert à déposer ce qu’il en reste.