LE DÉLIT TIENT EN UN MOT
Le récit est réduit à l’essentiel. Un homme est interpellé en janvier, trouvé en possession de cannabis. Il sera jugé en juin. Entre les deux, rien : des dossiers que l’on classe sans les ouvrir, un pavillon saturé, et la seule occupation qui reste à un prévenu congolais, attendre. C2B ne plaide pas, ne conteste pas, ne se raconte pas d’histoire sur les faits. Il constate simplement que la machine l’a mis en pause et qu’elle n’a prévu aucune date pour le reprendre. Le sujet réel du morceau n’est pas le délit, c’est l’intervalle.
Cette description est conforme à ce que les chercheurs documentent depuis vingt ans. Le Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, créé en 1957 pour 1 500 détenus, est une prison fourre-tout où prévenus et condamnés, civils et militaires, adultes et mineurs cohabitent selon leurs moyens financiers. En octobre 2023, la direction alertait sa hiérarchie sur 12 629 détenus. Les Nations unies en dénombraient plus de quinze mille avant la nuit du 2 septembre 2024, où une tentative d’évasion a fait 129 morts selon le bilan provisoire du gouvernement. Le pavillon 17 que cite C2B n’existe pas : Makala en compte onze. Le chiffre n’est pas une adresse, c’est une mesure de débordement.