ENTRE MIRAGE ET MÉMOIRE
Il est des dates qu’on grave à l’encre d’ébène dans les fibres de l’Histoire. Le 30 juin 1960 en est une. Ce jour-là, sur les pavés solennels de Léopoldville, le Congo fut proclamé indépendant. Indépendant ? Le mot, alors, vibrait d’espoir, de sueur et de cantiques. Mais soixante-cinq ans plus tard, il résonne surtout comme un écho creux. Un mot majestueux dans la bouche des puissants, mais vide de substance pour ceux qui continuent à marcher pieds nus sur un sol plus riche que tous les coffres d’Occident.
Le Congo, géant mutilé au cœur de l’Afrique, est un paradoxe brutal : l’un des pays les plus riches du monde en ressources minières, mais aussi l’un des plus déchirés. Il regorge de cobalt, de coltan, de cuivre, d’or, de lithium et de diamants, mais son peuple mendie sa dignité. Pourquoi ? Parce que l’indépendance, celle de 1960, fut volée presque aussitôt qu’elle fut chantée.