LE MÊME MOT POUR LES DEUX
La chanson d’amour intéressé fonctionne d’ordinaire par opposition : d’un côté le sentiment, de l’autre l’argent, et il faut choisir. Toute la tradition tient sur cet écart, et la pochette du single semble d’abord la reconduire : une balance, un cœur sur un plateau, une liasse de billets sur l’autre. Mais ELYGHA ne fait pas peser les deux termes l’un contre l’autre. Il les met dans la même bouchée. Le vers central du deuxième couplet énumère ce qui a été mangé : le love, puis les vés-lo. Or ce sont, à l’oreille, le même mot. Lovés désigne l’argent dans l’argot français, le verlan en fait vés-lo, et le sentiment se prononce pareil. La phrase dit deux vols et n’articule qu’une syllabe, répétée. Le titre du morceau est déjà contenu là.
Le texte s’ouvre pourtant sur une déclaration franche, et en swahili : nakupenda, je t’aime, énoncé quatre fois avant que le français ne commence. C’est la seule fois où l’amour est nommé sans réserve, et il l’est dans une langue que le reste du morceau n’emploiera plus. Passé cette porte, le vocabulaire change entièrement de registre. On investit dans l’union, on fournit les efforts, on mérite ou non les larmes de l’autre, on prend les bonnes décisions au bon moment. Ce n’est plus la langue du sentiment, c’est celle de la comptabilité, et elle occupe les trois quarts de la chanson.