Laetitia Ky rend la parole aux cheveux

Chaque sculpture qu’elle porte sur la tête, vingt minutes de travail parfois, six heures d’autres fois, est démontée le soir même. Ce qui subsiste n’est jamais l’objet, seulement son image. On croit regarder une performeuse née des réseaux sociaux ; on observe une sculptrice dont le matériau repousse, et qui a rendu à la coiffure africaine une fonction qu’elle avait perdue depuis longtemps : dire quelque chose.
Laetitia Ky est une actrice et artiste ivoirienne féministe qui réalise des sculptures à partir de ses cheveux tressés

CE QUI EST DÉTRUIT LE SOIR MÊME

Le vocabulaire est mince : ses propres cheveux, des extensions, de la laine, du fil de fer, du fil, du wax. Le montage prend entre vingt minutes et six heures selon la pièce. Elle travaille seule, devant un miroir, fait et refait, en veillant à ne jamais serrer le cuir chevelu. Puis la photographie est prise et tout retourne au néant. Aucune des sculptures de Laetitia Ky n’existe comme objet. Elles ne sont ni transportables, ni assurables, ni accrochables. Ce qui a voyagé de Venise à Kyoto, ce qui se vend en galerie, ce sont des tirages.

La conséquence est plus lourde qu’il n’y paraît. On la range spontanément parmi les plasticiennes ; elle travaille en réalité sur deux temporalités, celle très brève de la forme portée et celle, longue, de l’image qui en témoigne, et c’est la seconde qui décide de tout. Le cadrage, la lumière, la pose, l’expression du visage appartiennent à l’œuvre au même titre que la tresse. Cette économie du périssable dit d’ailleurs quelque chose de juste sur la matière elle-même : le cheveu pousse, on le coupe, il recommence. Une pratique fondée sur ce qui repousse ne pouvait pas produire des objets faits pour durer.

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