Jacques Loubelo fait l’appel

Enregistré, gravé et pressé à Brazzaville en 1984 dans l’usine du label d’État, Congo est devenu le second hymne d’un pays qui ne l’a jamais décrété. Le discours d’unité nationale consiste presque toujours à effacer les appartenances. Loubelo procède exactement à l’inverse : il les énumère à voix haute, une par une, et c’est de cette énumération qu’il tire la nation.
Jacques Loubélo, est un artiste congolais, auteur-compositeur, musicien et chanteur, qui chante en lingala, lari et kikongo.

L’APPEL NOMINAL

Le morceau tient en deux minutes cinquante et une, et sa proposition politique tient dans une opération de grammaire. Loubelo ne dit jamais aux Congolais qu’ils ne sont plus mbochi, lari, vili ou téké. Il les cite. Bomitaba, Likouba, Lari, Mbochi, Vili, Batéké, Kougni, Ntsangui : la strophe passe les groupes en revue et demande à chacun d’affirmer sa fierté d’être congolais. Le nom générique n’est pas substitué au nom particulier, il lui est apposé. Restez ce que vous êtes, et votre nom est congolais. Toute la différence entre une nation qui exige l’oubli et une nation qui se contente de l’addition passe par cette apposition.

La liste n’est pas exhaustive et n’a pas à l’être. Huit noms suffisent à couvrir la forêt du nord et le Pool, le fleuve et la côte, les plateaux et le sud-ouest, c’est-à-dire précisément les lignes de fracture. Loubelo sait de quoi il parle : né à Poto-Poto Djoué, élevé à Bacongo, il a grandi de part et d’autre de la faille qui a mis Brazzaville à feu en février 1959, quand les partisans du MSA de Poto-Poto s’en sont pris à ceux de l’UDDIA après le refus de Fulbert Youlou de dissoudre la Chambre. Le pays refera le même geste en 1993, puis le 5 juin 1997. L’énumération n’est donc pas une célébration folklorique, c’est une précaution : tant que tout le monde est nommé, personne ne peut s’entendre exclu.

FUTUMUNA Newsletter
Related Posts
FUTUMUNA Newsletter
Choisir la langue