NAÎTRE LÉOPARD
Lisala est le village qui a vu naître l’enfant Joseph-Désiré Mobutu. Ce village, niché dans un méandre du fleuve Congo, se souviendra toujours de la naissance de celui qui deviendrait un jour un homme de pouvoir. Quelques années après sa naissance, la mère de Mobutu, Mama Yemo, qui avait déjà quatre enfants, épousa Gbemani, cuisinier au service des missionnaires. Ce dernier adopta le jeune Joseph-Désiré et l’emmena avec lui à Léopoldville, aujourd’hui Kinshasa, dès l’âge de quatre ans. Après le décès de Gbemani, en 1938, Mama Yemo retourna dans la province de l’Équateur, où le jeune Mobutu fut pris en charge par ses oncles. En 1946, il renoua, auprès des Frères des Écoles chrétiennes, avec des études primaires interrompues huit ans auparavant.
En 1949, à la suite d’une escapade non autorisée à Léopoldville (l’actuelle Kinshasa), les religieux le contraignent à s’engager pour sept ans dans la Force publique, c’est-à-dire l’armée locale. Son niveau scolaire l’oriente vers l’École centrale de Luluabourg (l’actuelle Kananga), où il suit une formation de secrétaire-comptable. Sorti de l’école en 1953, il est affecté à l’état-major de Léopoldville et se voit confier la rédaction du journal de l’armée. Nommé sergent, il atteint ainsi le grade le plus élevé alors accessible à un « indigène ». Libéré de ses obligations militaires en 1957, il est engagé pour rédiger des articles sur l’actualité africaine dans L’Avenir, et fait la connaissance d’un militant anticolonialiste, Patrice Lumumba.
MOBUTU RENCONTRE LUMUMBA.
Voici le texte retravaillé dans un français plus soigné et fluide :
Son journal l’envoie à Bruxelles en 1958, à l’occasion du Congrès de la presse coloniale, où il retrouve des compatriotes aux convictions nationalistes. Il y retourne en 1959 pour un stage de formation, ce qui lui permet d’intégrer l’entourage de Lumumba lors de la table ronde économique qui, en avril et mai 1960, prépare dans l’urgence l’accession à l’indépendance. Mobutu entretient des contacts avec la Sûreté belge, à l’instar de pratiquement tous les stagiaires de l’époque ; il est par ailleurs approché par la C.I.A.
À l’indépendance, le 30 juin 1960, Mobutu est nommé secrétaire d’État chargé des Questions politiques et administratives au sein du gouvernement formé par Patrice Lumumba. Le mois suivant, il reçoit pour mission de rétablir le calme dans les casernes en effervescence et accède ainsi aux fonctions de chef d’état-major, avec le grade de colonel. Il accomplit son premier coup d’État le 14 septembre de la même année, dans le but d’écarter Lumumba, qu’il livre à Moïse Tshombé. Le leader de la sécession katangaise le fera torturer puis assassiner. Promu général, Mobutu restitue le pouvoir aux civils en février 1961.
MOBUTU RENVERSE KASA-VUBU.
Le second coup d’État de Mobutu eut lieu le 24 novembre 1965 : le général renversa le président Kasa-Vubu. L’année suivante, en 1966, il fit pendre l’ancien chef du gouvernement Kimba ainsi que trois de ses ministres. En 1967, la C.I.A. organisa l’enlèvement de Tshombé, qui devait mourir dans une prison algérienne. Enfin, en 1968, Mobutu se fit livrer Pierre Mulele — ancien compagnon de Lumumba et chef d’un mouvement révolutionnaire auquel participait également Laurent-Désiré Kabila — par Marien Ngouabi, qui venait de prendre le pouvoir à Brazzaville. Mulele fut torturé à mort.
La Deuxième République débuta officiellement le 20 mai 1967 avec la proclamation du Manifeste de la N’Sele, qui annonçait la création du Mouvement Populaire de la Révolution (M.P.R.). Entre 1967 et 1975, Mobutu donna toute sa mesure. Les promesses d’un décollage économique fondé sur l’exploitation des richesses naturelles du pays encouragèrent l’élaboration de projets ambitieux.
MOBUTU FAMILY’S
Plus qu’une famille nombreuse, Mobutu avait plus de sept femmes. Deux officiellement connues et cinq autres officieusement connes auprès de ses proches. Mobutu s’est marié avec Marie-Antoinette, décédée en 1997. Ils ont eu :
- Niwa : Aîné de la famille, né en 1955, mort en 1994. Fils préféré de Mobutu, semble-t-il, il est le seul de ses enfants à avoir été membre du gouvernement, en qualité de secrétaire d’État aux Affaires étrangères, puis à la Coopération internationale. Il a également été ambassadeur itinérant.
- Ngombo: L’aînée des filles avait convolé en justes noces avec le fils du maire de Limete (une commune de Kinshasa), un ami de son père. D’abord conseiller à la présidence, le gendre sera ensuite promu secrétaire d’État. Mais l’union ne fut pas heureuse. Après avoir tenté de mettre fin à ses jours du vivant même de son père, Ngombo, mère de deux enfants, vit actuellement en Belgique.
- Manda: Après des études en Belgique, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, il entre à l’École de formation des officiers de Kananga (Kasaï occidental), d’où il sort avec le grade de sous-lieutenant en 1986. Il entreprend une brève carrière militaire avant de se tourner vers les affaires, puis de créer un parti politique en 1999. Il entretenait des rapports difficiles avec son père. Meurt en 2004.
- Konga: C’est le moins connu des enfants Mobutu. Lieutenant sorti de l’École de formation des officiers de Kananga, il était très discret et sans réseaux. Il est décédé en 1995.
- Ngawali: Fille préférée de son père, selon un membre de la famille, cette diplômée en relations internationales d’une université américaine a été sa conseillère diplomatique entre 1990 et 1997. Mariée à un Ivoirien, elle a fini par divorcer. Elle vit actuellement dans le 16e arrondissement de Paris et a un bon train de vie.
- Yango: Divorcée, elle vit en Belgique.
- Yakpwa: Elle s’était mariée avec un Belge qui avait réussi à s’introduire dans le premier cercle des proches du maréchal. Mais le gendre n’hésitera pas à traîner la famille dans la boue après la chute du beau-père. Divorcée, Yakpwa réside en Belgique.
- Kongolu: Capitaine des Forces armées zaïroises, il traînait une réputation sulfureuse qui lui avait valu le surnom de Saddam Hussein. Resté jusqu’au bout aux côtés de son père pendant les moments difficiles, il meurt en 1998.
- Ndagbia: La cadette du premier mariage de Mobutu est mariée et vit en Belgique.
Avec Bobi Ladawa
- Nzanga: Porte-parole de son père au moment de sa chute, il est ministre d’État chargé de l’Agriculture du gouvernement congolais depuis février dernier. Son alliance avec Joseph Kabila n’avait pas été appréciée par ses surs issues du premier lit, qui ne soutiennent pas le protocole d’accord entre le parti de Nzanga (Udemo) et la majorité présidentielle (AMP).
- Giala: Député national, il est le président du groupe parlementaire de l’Udemo, le parti fondé par son frère.
- Toku: Ayant fait des études de communication, elle travaille actuellement en France, où elle s’est installée.
- Ndokula: Elle vivrait entre l’Espagne et le Maroc.
Avec Kosia
- Ya-Litho: Elle vit à Kinshasa.
- Tende: Elle vivrait au Maroc avec sa mère.
- Sengboni: Elle vivrait au Maroc avec sa mère.
Avec « Mama 41 »
- Senghor: Né dans un avion survolant le Sénégal.
- Dongo: Elle a vécu avec ses deux frères à Pau (France) et y vivrait encore.
- Nzanga: Il vivrait à Pau.
Avec Mbangula
- Un garçon: Il était considéré comme un « vrai » Mobutu et participait aux réunions de famille.
Avec une congolaise de brazzaville
- Robert, Il vit ren Suisse.
Un certain, 10 juin 1973, lettre du Maréchal Mobutu à son enfant, Jean-Paul Niwa. Ce jour-là, Mobutu écrit une lettre à son fils bien-aimé Niwa qui fait ses études en Belgique et qui deviendra, quelques années après, Commissaire d’Etat à la Coopération. Cette lettre, devenue célèbre, ne fut seulement dévoilée au public que 25 ans plus tard. Dans le documentaire “Mobutu, roi du Zaïre” du réalisateur belge Thierry Michel.
Fils bien aimé Jean-Paul,
Je crois que tu comprends maintenant les raisons de mes préoccupations ces jours derniers, avec ce qui s’est passé récemment. Tu es déjà à l’âge de comprendre certaines choses et même plus, surtout pour la vie de celui que tu as connu comme père et dont les premiers ennuis et soucis ne sont pas seulement d’ordre familial. Tes reproches au téléphone et tes inquiétudes dans les lettres sont évidemment bien fondées, mais il y a de ces choses de la vie dont tu ne peux comprendre la portée et les exigences de la vie comme celle que nous menons, j’entends par là cette vie politique, nous oblige parfois certains sacrifices énormes pour survivre toujours et toujours davantage. Je joins à cette lettre quelques clichés relatifs aux événements de la dernière conspiration et sur lesquels tu peux reconnaître et distinguer des personnes qui s’acharnent à la disparition de notre clan et surtout de cette œuvre que je compte laisser à travers l’histoire, autour de notre nom, ton nom, dont tu es l’unique et responsable dépositaire. Sache qu’ici-bas, au niveau où sommes arrivés, nous avons beaucoup plus d’ennemis que d’amis. Même ceux en qui j’avais confiance, et qui sont même proches de la famille dont tu n’ignores pas le comportement, nous trahissent soit directement, soit indirectement dans tous leurs agissements. Toute la haine dont des milliers de personnes nous portent, ils en sont en grande partie les générateurs. C’est pour cela que je t’avertis en espérant que l’âge que tu as maintenant et les événements que nous vivons te le feront comprendre, de rester très prudent dans tes contacts avec les membres proches du clan, ce qui se lit sur le visage n’est pas toujours le reflet de ce qui se passe dans le cœur. Je te recommanderai plutôt, car nous n’avons pas que seulement d’ennemis, de garder certaines relations sans crainte avec la famille du “grand Papa B”. Les ancêtres n’ayant pas encore décidé de notre sort, nous pouvons regarder l’avenir avec confiance sans toutefois oublier que le danger nous guette et qu’il est permanent. Je compte sur toi pour surmonter les événements avec calme et espère que tu écoutes les conseils de notre ami Dessaert. Réconforte mamie et la famille du premier cité. Je t’appellerai demain dans la soirée. Courage. Je t’embrasseVoici le contenu de la lettre :
Papa
CULTURELLEMENT LIBRE, LE PROJET
Le père de l’innovation nationale, penseur syncrétique s’il en est, s’abreuve à différentes sources dont la plus évidente est le recours à la tradition africaine : c’est l’« authenticité ». Ainsi le pays devient-il le Zaïre. Mais le « guide » ne néglige ni les recettes coloniales ni celles de l’Église catholique. L’ordonnance de sa cour est réglée sur celle du roi des Belges. Les gens originaires de la République démocratique du Congo, en plus du prénom et du nom de famille, portent un postnom. Il s’agit d’un héritage du régime de Mobutu Sese Seko. Tout part d’un conflit entre l’Église catholique et les autorités congolaises, une dizaine d’années après l’accession du pays à l’indépendance. C’était une réponse de Mobutu, qui voulait par cet acte affirmer l’indépendance culturelle de son pays en plus de l’indépendance politique. Il interdit l’usage des prénoms chrétiens en 1971. À leur place, Mobutu imposa l’usage des postnoms, qui devaient tirer leur origine de la seule tradition congolaise. Ceux qui vivaient avant l’arrivée des missionnaires occidentaux avaient un nom et un postnom. On peut citer des noms connus comme Kimpa Vita, du Royaume Kongo, qui, après son baptême, est devenue Béatrice Kimpa Vita. Mais c’est avec Mobutu que le postnom est devenu obligatoire.
Au-delà de la suppression des prénoms chrétiens, la politique du recours à l’authenticité s’accompagne d’autres grandes mesures. Notamment, le nom du pays change : le Congo devient le Zaïre. Le pantalon et la perruque sont bannis pour les femmes, et le port de la veste ainsi que de la cravate est interdit aux hommes. Mobutu, dont nous avons parlé plus haut, ne se contenta pas d’interdire les prénoms importés d’Europe. Il interdit aussi les costumes et imposa ce qu’il avait appelé l’« abacost », mot qui signifiait « à bas le costume ». Là aussi, il suffit qu’il quitte le pouvoir pour que le costume européen avec la cravate revienne au galop. Il faut dire que l’abacost n’avait rien d’africain : c’était à peu près le col Mao chinois revisité. De plus, selon David Van Reybrouck**,** Mobutu, « l’homme de l’authenticité africaine », faisait confectionner ses abacosts par un tailleur flamand du nom d’Alfons Mertens, qui travaillait chez Arzoni à Zellik, près de Bruxelles, une maison qui bâtit sa réputation sur le fait de confectionner les abacosts « les plus chics du monde ».
RECOURS À L’AUTHENTICITÉ.
L’INVENTION DE L’ABACOST
Pourquoi, ZAÏRE & KINSHASA ?
Les Congolais savaient déjà que le mot « Zaïre » est la déformation de Nzadi, que les premiers explorateurs portugais eurent du mal à prononcer. En kikongo, Nzadi signifie « fleuve ».
Par ailleurs, Kinshasa était une ville appartenant aux peuples Téké et Humbu. Elle fut un lieu de rassemblement pour tous les commerçants du pays, venus de partout. Cette ville se présentait comme un marché regroupant des Congolais, des Angolais, des Gabonais et d’autres peuples des environs. Kinshasa signifie tout simplement « centre commercial » en téké et en humbu. À titre d’exemple, le président cessa d’utiliser son prénom Joseph-Désiré. Il conserva le nom Mobutu et y ajouta le post-nom Sese Seko Kuku Ngbendu wa Za Banga, qui signifie « un héros qui n’a peur de rien » — à l’image du léopard. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on le surnommait le Grand Léopard. Dès lors, aucun parent zaïrois n’eut le droit de donner un prénom à son enfant. Les personnes qui en portaient un cessèrent de l’employer et adoptèrent un post-nom à la place. Il convient toutefois de noter que beaucoup d’enfants nés entre 1971 et 1990 reçurent malgré tout des prénoms, en dépit de l’interdiction du régime. Les chrétiens continuèrent de baptiser leurs fidèles sous des noms chrétiens, mais ceux-ci n’étaient jamais mentionnés sur les documents scolaires ou officiels.
En 1990, la politique de l’authenticité connut une fin brutale avec la démocratisation des institutions zaïroises. Dans un discours prononcé le 24 avril 1990, Mobutu ouvrit l’espace politique au multipartisme. Le jour même, les citoyens s’en prirent aux symboles antidémocratiques et décidèrent de reprendre leurs prénoms. Ainsi, le Congolais renoua avec son prénom, sans pour autant abandonner le post-nom, que le Code de la famille de la République démocratique du Congo reconnaît encore aujourd’hui comme une composante à part entière du nom. Tout Congolais est désigné par un nom composé d’un ou de plusieurs éléments servant à l’identifier : le prénom, le nom et le post-nom (article 56 du Code de la famille de la République démocratique du Congo). Pour beaucoup, retrouver son prénom fut une fierté. Certains, cependant, ne le récupérèrent jamais.
LA SOCIÉTÉ ZAÏROISE DE LINGUISTIQUE.
Créée par Mobutu dans le but de valoriser, d’enrichir, de structurer et de donner du poids aux langues zaïroises — en priorité le lingala —, la Société zaïroise de linguistique fut fondée par le « léopard du Zaïre », qui y rassembla des professeurs de grande pointure tels qu’Elikia Mbokolo, Isidore Ndaywel, ainsi que d’autres historiens et linguistes congolais. C’est en 1976 que la Société zaïroise de linguistique adopta un système d’écriture pour les langues zaïroises : un système mieux adapté à ces langues, permettant notamment de représenter les accents tonals et de marquer les tons.
L’objectif de cette démarche était de rendre possible l’usage officiel des langues locales, d’où la création de la Société zaïroise de linguistique.
Le zaïre était la monnaie officielle de la République du Zaïre. Son symbole était le Z. Il se subdivisait en 100 makuta (singulier : likuta), dont le symbole était le K. Un likuta se subdivisait à son tour en 100 sengi. Le zaïre fut officiellement introduit le 24 juin 1967, en remplacement du franc congolais. Il était aligné sur le dollar américain : 1 zaïre valait alors 2 USD.
Après un nombre d’années d’existence somme toute ordinaire pour une monnaie (de 1967 à 1989), le zaïre connut une dévaluation significative. En décembre 1992, le taux de change atteignait 1 990 000 Z pour 1 USD. En janvier 1993, le gouvernement tenta d’introduire le billet de cinq millions de zaïres. L’opposition critiqua cette mesure et conseilla aux commerçants de le refuser. Beaucoup refusèrent effectivement de l’accepter en paiement ; mais comme les soldats n’étaient rémunérés qu’en ces billets, leur rejet provoqua les émeutes de 1993.
Le 1er octobre 1993, le nouveau zaïre (ISO 4217 ZRN) remplaça le précédent avec une valeur de 3 millions d’anciens zaïres pour un nouveau zaïre.
En 1967, 1 dollar américain valait ½ zaïre, c’est-à-dire 50 makuta. Vingt ans plus tard, en 1987, 1 dollar américain valait 112 zaïres. L’hyperinflation s’est manifestée à partir de 1990. En 1989, 1 dollar américain valait 381 zaïres. En 1991, 1 dollar américain passe à 15 300 zaïres. Fin 1992, 1 dollar américain passe à 1 990 000 zaïres. Fin 1993, l’hyperinflation atteint des hauteurs rarement atteintes : 1 dollar américain passe à 110 000 000 de zaïres.
LE ROI DU ZAÏRE
Le « timonier », impressionné par ses voyages en Chine et en Corée, fait imprimer un petit livre vert qui contient le « mobutisme». La veine inventive s’épuise au tournant de 1980, tandis qu’apparaissent les effets de la crise économique, que l’opposition se redresse et que les conflits armés se rallument.
Désormais, la recherche de nouvelles recettes pour arrêter le « mal zaïrois » bute sur la logique de prédation du maître de Gbadolite, village situé dans le nord du pays où Mobutu a fait construire le palais dans lequel il réside le plus souvent. Sur ce, il reçoit le surnom de l’« Aigle de Kawele » (Kawele étant sa résidence situé à Gbadolite, à l’intérieur de la forêt équatoriale). Et de la clique de nouveaux riches qu’il a engendrée, en particulier durant la « zaïrianisation » de l’économie.
LE DÉCLIN DU ROI (LA FIN DU MOButiSME).
Après 1990, alors qu’il a su devancer certaines injonctions externes en décidant la fin du parti unique. Devant plusieurs cadres politiques du pays dont ministres, magistrats, généraux et parlementaires, Mobutu Sese Seko, qui se présente vêtu d’un uniforme noir de maréchal. Décide [seul devant sa conscience de tenter l’expérience du pluralisme politique dans notre pays « au Zaïre », avec à la base le principe de la liberté pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix.]
« Que devient le chef dans tout cela ?, poursuit-il, de sa voix martiale. Je vous annonce que je prends congé du Mouvement Populaire de la Révolution, pour lui permettre de se choisir un nouveau chef… » Silence de quelques secondes du Léopard, suivi d’un regard suppliant en direction de l’assistance, et qui s’achève par trois petits mots devenus célèbres : « Comprenez mon émotion ».
TRENTE-DEUX ANS PARTIS EN FUMÉE
Mobutu, déjà malade, terrorisant ses opposants, imprimant de la fausse monnaie et déclenchant des pillages de l’armée, se contente de manipuler de loin le jeu politique. Privé de ses appuis belge et américain, il est sorti de son isolement en 1994 par la France en échange de bases arrière pour l’intervention au Rwanda. C’est de cette frontière que s’avance, à la fin de 1996, une armée dirigée par un revenant du temps de Pierre Mulele, Laurent-Désiré Kabila. Donnant l’impression d’être invulnérable jusqu’à la chute de Kinshasa, en mai 1997, le « grand léopard » disparaît sans soulever d’émotion dans son pays.
LES MERVEILLES DES ANNÉES ZAÏRE.
Les plus grands stades de la République démocratique du Congo ont été construit à l’époque du Zaïre de Mobutu. Les mythiques Stade des martyrs et Tata Raphaël. Mais aussi le palais du peuple, qui est le siège du Parlement et du sénat de la République démocratique du Congo. Sans oublier, Le Pont Maréchal, les Barrages d’Inga et Zongo qui se situent dans la province du Kongo Central, (l’ancien Bas-Zaïre).
L’ANNÉE DE TOUTES LES GLOIRES, 1974
Zaïre 74, quand l’Afrique et l’Amérique noire se retrouvaient à Kinshasa. Pour la première fois, des moments magiques du festival Zaïre 74 sortent de l’oubli, et sont réunis sur disque. Franco Luambo Makiadi, Tabu Ley, Miriam Makeba, Abeti Masikini… font entendre leur voix, captée lors des trois nuits folles annonçant le célèbre combat Ali-Foreman. C’était à Kinshasa, au Zaïre, en 1974.
En prélude au « match du siècle » qui devait, à Kinshasa, opposer Mohamed Ali à George Foreman pour le titre de champion du monde des lourds, devait se tenir « Zaïre 74 ». Un marathon musical réunissant la crème des artistes du Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo) et les grandes stars venues d’Amérique : James Brown, BB King, Bill Withers et les Spinners, sans oublier l’orchestre Fania All Stars, emmené par Johnny Pacheco et la divine Celia Cruz. Il s’agissait de célébrer les retrouvailles entre l’Afrique et sa diaspora, comme l’avaient déjà fait le Sénégal (Fesman en 66) ou le Ghana (Soul to Soul en 71).
Le combat de boxe tant attendu, initialement prévu le 25 septembre, soit juste après les trois jours de concerts, fut reporté de cinq semaines, suite à une blessure de Foreman. Mais le festival, lui, eut bien lieu. Et Wrasse Records en révèle une part manquante, jamais encore publiée sur disque : celle des artistes africains.
ZAÏRE 74, L’INOUBLIABLE FESTIVAL.
Et pourtant, il y avait du beau linge : Tabu Ley, Abeti Masikini, Franco & l’OK Jazz, Manu Dibango, Miriam Makeba, les Stukas… la plupart d’entre eux figurent sur ce disque de toute beauté, dans une merveilleuse qualité d’enregistrement due aux gros moyens déployés par le producteur Stuart Lewine, secondé par le Sud-Africain Hugh Masekela dans le rôle du directeur artistique de l’événement. L’organisation avait d’ailleurs été un chantier colossal, et quand Foreman annonça sa blessure, il était trop tard pour reculer. Pour le plus grand plaisir des 80.000 spectateurs qui se pressaient chaque soir dans le stade Tata Raphael.
Le disque s’ouvre par le concert de Tabu Ley, attaquant avec une ébouriffante introduction et des titres enchaînés qui montrent que sa fusion de rumba, de rock et de soul n’a rien à envier aux superstars américaines. Abeti Masikini lui succède, et n’oublie pas de chanter les louanges de l’homme qui n’est pas encore maréchal, mais déjà le tout-puissant souverain du Zaïre, trônant sur une peau de léopard. Abeti s’adresse ainsi aux invités afro-américains :
« Mes frères de sang , soyez les bienvenus à Kinshasa au Zaïre en Afrique. Après quatre siècles de séparation, tout ce que je peux vous dire c’est : quand vous rentrerez dans le pays des blancs, dites à nos frères qu’ici il y a un homme qui lutte pour la dignité de tous les noirs, et cet homme c’est notre cher Mobutu Sese Seko Kuku Gbendu wa Za Banga ».

LA REUSSITE DU FESTIVAL ET LA FIERTÉ DE MOBUTU.
Le ton donné. Et il faut dire que Mobutu comptait bien sur le concert. Et surtout sur le match qu’il avait financé, pour faire briller son image à l’étranger. À cette époque, le Zaïre était encore bien portant, et vivait certainement ses meilleurs années, loin de se douter des crises à répétition qui l’attendaient. Franco, quant à lui, démarre en mode diesel, mais enchaîne les morceaux – joués en version très courte – avec toute la puissance de son OK Jazz. Kinsiona (curieusement intitulée Kasai sur le disque Zaîre 74 ) est de toute beauté, chargée de l’émotion qui l’inspira : le décès du frère de Franco, Bavon Marie-Marie.
On n’est d’ailleurs pas habitué à entendre les titres de Franco si courts. Mais sans doute voulait-il montrer l’étendue et la variété de son répertoire. Cela ne l’empêcha pas de déborder du créneau horaire qu’on lui avait donné, frustrant Manu Dibango qui devait lui succéder sur scène (on l’entend en revanche sur le disque de la Fania All Stars qui reprend des moments de leur concert à Kinshasa). On peut voir un court extrait du concert filmé de Franco dans le fabuleux documentaire Soul Power, sorti en 2008. L’une de ses danseuses, accompagnée par un soliste au tambour, fait un festival et stupéfie tout autant le public que le cameraman auquel elle n’a rien à cacher.
Dans le même film, on peut aussi voir la diva Miriam Makeba, venue de Guinée où elle s’est réfugiée, qui arbore une magnifique coiffure peule ornée de boules d’ambre. Sur les images, elle paraît en transe, les yeux presque révulsés, comme si elle était inyanga, une guérisseuse traditionnelle possédée par les esprits qui l’inspirent, comme sur le titre« Amampondo ». Des quatre titres de son concert retenus pour le disque Zaire 74, il manque la fabuleuse click song et sa formidable introduction, durant laquelle Makeba expose la longueur de son nom traditionnel (kilométrique !) en se moquant des Occidentaux incapables de le le prononcer. À n’en pas douter, elle épousait aussi le concept d’ « authenticité » développé par Mobutu, comme elle l’avait fait pour « l’authenticité » guinéenne chère à Sékou Touré. Elle honore d’ailleurs le président zaïrois d’un hommage chanté en lingala.

Le ZAÏRE SUR LE TOIT DU MONDE PAR SON FESTIVAL.
Quoi qu’on dise de Mobutu, les concerts et le match en point d’orgue font partie des plus grands événements culturels jamais organisés sur le continent. Suivent enfin, sur cette compilation bienvenue, trois morceaux des Stukas, et un dernier d’une troupe traditionnelle Pembe, où résonnent, comme dans une cérémonie, les grelots accrochés aux pieds des danseurs. Sans doute une manière de conclure ce disque par un moment magique…. Car ce furent à n’en pas douter de sacrés concerts !
Jusqu’ici, certains extraits de ces trois folles nuits de musique étaient apparus, à l’écran, dans deux documentaires : d’abord l’indispensable When we were kings de Léon Gast, sorti et oscarisé en 1997, soit trente près de 25 ans après l’événement. Le film, centré sur le combat et Ali (qui, comme toujours, crève l’écran), faisait place à quelques extraits musicaux et l’on y apercevait furtivement les artistes africains, comme Miriam Makeba. La bande originale du film fut publiée dans la foulée, qui comprenait un single contemporain signé des Fugees avec les A Tribe Called Quest et Forte. Et des titres des artistes Afro-Américains cités plus haut. Dans ce disque très américano-centré, l’Afrique se résume à quelques pastilles de moins de trente secondes, en réalité des ambiances extraites du film (un chant d’écolières vu dans le film, un court chant d’animation politique tel que le régime mobutiste savait en produire…
La dernière plage, sobrement intitulée « chant », sans mentionner l’interprète, n’est autre qu’un court extrait du concert de Franco Luambo lui-même, avec son OK jazz. Bref, l’Afrique musicale y existe à peine… Et puis bien sur il y a le film Soul Power. Déjà cité, où des extraits plus longs des concerts des artistes africains sont diffusés. Notamment ce merveilleux moment où Manu Dibango, en boubou, marche tranquillement dans une rue de Kinshasa avec son sax soprano, entouré par une ribambelle de gamins hilares.
On retrouve le son de son sax soprano dans le disque Fania Live in Africa, sur le titre classsique Guantanamera. Voilà pourquoi ce disque, entièrement consacré aux artistes africains qui se produisirent les 22, 23 et 24 septembre 1974, est indispensable. Et puis, comme tous les artistes Zaïrois qui ont joué lors de ces soirées n’y figurent pas, ni même l’intégralité des concerts des poids lourds déjà cités.

LES Z AU MONDIAL
Le Zaïre devient la première équipe d’Afrique noire à se qualifier pour la Coupe du monde. Les vingt-deux Léopards s’envolent pour l’Allemagne en portant l’espoir de tout un continent mais sans savoir qu’en Europe, nombreux sont ceux qui s’insurgent publiquement contre leur participation à la compétition. Ces journalistes, ces intellectuels ou ces professionnels du football, qui fustigent le niveau des Léopards, ne se sont sans doute jamais rendus au Zaïre ni même en Afrique et ne les ont certainement jamais vu jouer. Savent-ils que pour se qualifier, ces joueurs ont remporté plus de trente matches internationaux au cours des deux dernières années, et qu’ils ont été sacrés champions d’Afrique ?. Peut-être pas. Pourtant, ils les taxent d’amateurisme.
Cette année-la, les Léopards du Zaïre ne gagnent rien. Et ne sont pas salariés par leurs clubs. Mais en ce qui concerne la préparation, ils sont tout, justement, sauf des amateurs. Pendant des mois, Blagoje Vidinit, leur entraîneur yougoslave, leur impose des cadences d’entraînement infernales. Ils bossent. Dur, très dur. Peut-être plus encore que toutes les stars du football mondial. Et arrivent en Allemagne parfaitement préparés. La suite des événements, malheureusement, n’a pas grand-chose à voir avec le sport.
Si les Léopards «déjouent» leurs matches face à la Yougoslavie et au Brésil, c’est parce qu’ils n’ont pas d’autres moyens de se faire entendre par le pouvoir en place. Mobutu, qui règne en tyran absolu sur le Zaïre depuis près de quinze ans, et qui a néanmoins mis en place des moyens colossaux pour permettre à son équipe de devenir la meilleure de tout le continent, ne leur a pas payé les primes promises pour leur victoire à la CAN et leur qualification à la Coupe du monde. Les joueurs se rebellent et décident de lever le pied, pour manifester leur mécontentement.
LES SOUVENIRS
Mobutu Sese Seko, est le président qui en dehors d’être l’ami des colons et des oppresseurs par sa manière d’accéder au pouvoir et aussi par la manière dont il a trahi les siens, Patrice Lumumba, Pierre Mulele entre-autres. Il a su par ailleurs, mettre en valeur les valeurs culturelles du pays. Vu comme celui qui a su rassemblé et unifier les peuples. Qu’importe les appartenances ethniques. Il utilisait toujours une expression fédératrice, devenue emblématique.
Il s’agirait de l’expression : « Tata bo moko, mama Bo moko mpe ekolo Bo moko. » qui se traduirait en français par : « Un seul Père, une seule mère puis une seule Nation. »
Cette politique rassemblait énormément les zaïrois, qui souvent s’embrouiller dans la division du tribalisme. Mais après cela, les zaïrois de chaque coin du Zaïre, pouvaient se déplacer librement sans s’inquiéter du sentiment de ne pas être chez soi. En héritage, peu après Mobutu, Laurent Désiré Kabila a lui aussi, à son tour garder quelques valeurs laisser par celui qu’on appelait le Roi du Zaïre. En quelques mots, un slameur congolais du nom de Yekima De Bel’art dans sa chanson en hommage aux années zaïre, il a réussi à placer une définition réelle de Mobutu:
Extrait de la chanson : Les Années Zaïre, du slameur congolais Yekima De Bel’Art