C’est Nous : l’autopsie lucide d’une Afrique face à elle-même

Djanii Alpha de son nom de naissance Alpha Midiaou Bah, né le 24 février 1985 à Koundara en Moyenne Guinée, est un rappeur et chanteur guinéen

QUAND LE RAP DEVIENT MIROIR COLLECTIF

Avec C’est Nous, Djanii Alfa ne livre pas une simple chanson engagée ; il propose une œuvre de conscience, un réquisitoire poétique et implacable contre les dérives de la gouvernance africaine, mais surtout contre l’inaction, la complaisance et la résignation des peuples. Ici, l’artiste guinéen choisit une posture rare et courageuse : parler au nom du peuple, tout en lui renvoyant sa part de responsabilité. Le « nous » du titre n’est ni décoratif ni consensuel. Il est accusateur, frontal, dérangeant. Djanii Alfa dénonce sans détour les dirigeants africains : pillage des ressources, crimes de guerre, confiscation du pouvoir, corruption systémique. Mais l’originalité de son propos réside ailleurs. Pour lui, la mauvaise gouvernance n’est pas la racine du mal, mais le symptôme d’un peuple qui tolère, qui applaudit parfois, qui sacralise ses propres bourreaux.

Ainsi naît l’une des formules les plus marquantes de la chanson : « L’Afrique aime ses tortionnaires ». Une phrase lourde de sens, où l’artiste évoque explicitement le syndrome de Stockholm : cette étrange relation où la victime finit par aimer celui qui l’opprime. Quand Djanii Alfa parle d’un peuple qui, à force de se faire violer, finit par se laisser faire, il ne cherche pas la provocation gratuite. Il décrit un processus historique de normalisation de la violence. La souffrance devient habitude, l’injustice devient paysage, l’oppression devient norme. Cette tolérance extrême, presque résignée, est pour lui l’un des plus grands drames africains : un peuple qui subit sans exiger, qui endure sans revendiquer, qui survit au lieu de vivre.

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