UN RÉCIT, PAS UNE CONFESSION
Zakalara aurait pu écrire à la première personne et laisser croire au public qu’il parlait de lui. Il a fait autre chose. Il a nommé ses personnages. Akim, l’enfant. Fatouma, la mère. Ce simple geste, rare dans un registre où l’aveu intime tient lieu de preuve d’authenticité, déplace tout le morceau. Car l’artiste, lui, a encore sa mère. La distance entre son histoire et celle qu’il raconte n’est pas un défaut de sincérité, elle en est la condition. En refusant de s’attribuer un deuil qui ne lui appartient pas, il libère la place pour ceux à qui il appartient réellement. Le morceau ne dit pas « voilà ce que j’ai vécu », il dit « voilà ce que vous avez vécu, et personne ne l’avait mis en musique ». C’est un choix d’écriture, et c’est un choix moral.
L’introduction pose le décor sans détour : une mère qui protège son enfant unique jusqu’à l’excès, qui ne supporte pas qu’on y touche, et qui met toute son énergie à le scolariser. Le verbe est important. Pas nourrir, pas habiller, pas élever. Scolariser. À Kinshasa, ce mot a un poids que la traduction française efface. Il désigne des frais scolaires renégociés chaque trimestre, des uniformes rachetés d’occasion, des matinées passées à vendre pour payer une inscription, des dettes contractées auprès des voisines. La scolarité d’un enfant y est un projet économique familial, souvent porté par une seule personne, presque toujours une femme. Fatouma n’est donc pas une figure sentimentale. C’est une unité de compte. Ce qu’elle donne se mesure, s’additionne, et n’est jamais remboursé.