Elie Mafundwe naît le 29 décembre 2003 à Bukavu, dans l’Est de la République démocratique du Congo. Doué pour le dessin très tôt, il expose ici et là dans sa ville natale, encore adolescent, puis monte à Kinshasa en 2022 pour intégrer l’Académie des Beaux-Arts. Il n’y restera que quelques mois. Pour gagner de quoi vivre, il décolore des T-shirts à l’eau de Javel selon la technique du tie and dye. Vers la fin de cette même année 2022, l’évidence le traverse : ce qui fait naître un motif sur un tricot peut faire naître un portrait sur une toile. Il achète du tissu noir, publie ses premiers essais sur les réseaux, et la galerie Angalia expose puis vend à Paris l’une de ses toutes premières œuvres. Il a dix-neuf ans, et sa technique est déjà tenue.
Ce qu’il peint, il le formule sans détour : « Mes tableaux sont des portraits qui parlent avant tout d’états psychologiques. Je m’intéresse à ce qui se passe à l’intérieur de nous : les émotions, les traumatismes, la résilience, la mémoire et la transformation. Chaque visage devient une manière de rendre visible quelque chose qui, normalement, ne se voit pas. » La phrase paraît modeste. Elle décrit pourtant un programme entier, et une inversion complète de ce qu’on attend d’un portrait. Chez Eli Made, le visage ne sert pas à identifier quelqu’un. Il sert à loger un état.