Un dictateur chinois : Mbappé n’a pas insulté Mao, il a récité un même.

Interrogé en marge de l’émission en ligne The Bridge sur le mème qui l’amuse le plus, Kylian Mbappé a décrit un montage où son visage coiffe « un dictateur chinois », en l’occurrence Mao Zedong. Le 27 octobre 2026, trois marques chinoises rompaient leurs contrats, la télévision d’État suspendait la Liga et le capitaine des Bleus s’excusait en trois langues. Pékin croit punir une insolence. Il punit une récitation : le mot que Mbappé a prononcé, c’est l’école française qui le lui a appris, la même école qui ne l’a jamais appliqué à ses propres héros.
Kylian Mbappé a éclairé beaucoup de zones d’ombres sur le canapé d’Aurélien Tchouaméni dans The Bridge. Il raconte le racisme dont il a été victime après l’Euro 2021, le cas de binationaux mais aussi là fin de son histoire avec le Paris Saint-Germain - Capture d’écran

LA PORTÉE D’UNE PHRASE

La sanction n’a pas pris la forme d’un démenti ni d’une contre-argumentation, mais d’un débranchement. Dongpeng, dont la boisson électrolytique faisait rouler des bus à l’effigie de Mbappé dans les rues de Shanghai et qui avait diffusé pendant la Coupe du monde des publicités générées par intelligence artificielle à son image, a rompu le premier. Le géant laitier Mengniu, qui l’avait associé à Lionel Messi dans un spot, et le fromager Milkground ont suivi dans des communiqués presque identiques, chacun se disant opposé à toute parole blessant le sentiment national. RedNote a retiré ses supports promotionnels, son compte Xiaohongshu, fort de plus d’un million d’abonnés, et son compte Weibo ont été gelés, et dans la boutique Adidas de Sanlitun, à Pékin, les maillots du Real Madrid restaient en rayon, mais plus aucun ne portait son nom. Celui que les supporters chinois surnommaient affectueusement Guigui, la tortue, pour sa ressemblance avec un personnage des Tortues Ninja, est passé de l’affiche à l’effacement en une journée. En Chine, on ne réfute pas une phrase, on lui retire son marché.

La diplomatie a pris le relais de l’économie. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a prévenu que les propos blessant le peuple chinois se heurteraient à l’opposition de toute la société, avant d’indiquer le lendemain que Pékin prenait les excuses au sérieux. CCTV a précisé qu’elles seraient jugées sur les actes, et le Quotidien du peuple a fait de l’affaire une leçon de savoir-vivre mondialisé : respecter l’histoire et le sentiment national des autres serait un principe fondamental des relations entre les peuples. Le précédent est connu. En 2019, un tweet de Daryl Morey en soutien aux manifestants de Hong Kong avait fait disparaître la NBA de la télévision publique pendant un an, et un message de Mesut Özil sur les Ouïghours avait suffi à déprogrammer un Arsenal-Manchester City. Cette fois, c’est la Liga entière qui a quitté l’antenne. Elle a choisi son marché plutôt que son joueur, en présentant des excuses au nom de tous ses clubs et en annonçant un protocole de sensibilisation destiné aux footballeurs. Le championnat le plus riche après la Premier League va désormais apprendre à ses joueurs ce qu’ils ont le droit de dire de l’histoire du monde. La question n’est donc plus ce que pense Mbappé, mais qui fixe le vocabulaire autorisé.

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