Premier Gaou, la revanche d’un homme devenue l’hymne d’un continent.

Goude, A'salfo, Tino et Manadja, le Magic System au complet lors d'une séance photo Crédit image: ©Warner Music
Goude, A’salfo, Tino et Manadja, le Magic System au complet lors d’une séance photo Crédit image: ©Warner Music

LA GALÈRE COMME POINT DE DÉPART DANS UNE MUSIQUE NÉE DE LA RAGE SOCIALE

Salif Traoré, dit A’Salfo, n’est pas encore une star. Il vit à Abidjan dans la précarité ordinaire de ceux qui parient sur un rêve musical sans filet. Il a une voix, il a ses amis, Goude, Tino, Manadja, et ensemble ils forment Magic System en 1996, groupe de zouglou né dans les quartiers populaires de la ville, dans cet Abidjan qui pulse et qui grouille, où la rue Princesse concentre les maquis, les poulets braisés, les amours de passage et les désillusions de jeunesse. C’est dans ce contexte précis que se déroule l’événement fondateur. Antou, c’est le prénom qu’A’Salfo donnera à la jeune femme dans la chanson, le quitte. Pas malgré lui, mais à cause de lui : à cause du vide dans ses poches, de l’absence de perspectives visibles, du fait qu’il n’est encore rien aux yeux d’une société qui mesure l’amour à l’aune du portefeuille.  La rupture est nette. Elle change de camp, comme le dira la chanson avec une franchise désarmante : wari bana, elle a changé de côté , l’argent est fini, elle a changé de copain. Cette déception-là, A’Salfo ne l’enterre pas. Il la transforme. Pour comprendre pourquoi Premier Gaou a pu traverser des frontières que personne n’imaginait franchissables, il faut d’abord comprendre ce qu’est le zouglou, et ce qu’il représente dans la généalogie des musiques africaines contemporaines.

En 1990, la Côte d’Ivoire traverse une crise politique et sociale majeure. Sur les campus universitaires d’Abidjan, notamment à la Cité de Yopougon, des étudiants en révolte contre leurs conditions de vie miséreuses inventent une expression sonore et chorégraphique qui traduit leur détresse : le zouglou. Les Parents du Campus, groupe mené par Didier Bilé, en sont les initiateurs. Bras levés vers le ciel, ils miment la supplique d’une jeunesse abandonnée par les institutions, interpellant le Tout-Puissant dans un geste mi-plainte, mi-danse. Le terme lui-même désigne dans les langues ivoiriennes quelque chose comme le désordre, la galère, le bouillonnement de ceux qui n’ont rien. Ce qui singularise le zouglou dans le paysage des musiques urbaines africaines, c’est son rapport à la parole. Il ne déclame pas, il raconte. Il emprunte à la tradition orale africaine sa fonction sociale critique, mais la réencadre dans une rythmique syncopée qui convoque le zouk, le ragga, la soca. Le résultat est une musique de fête qui dit des choses sérieuses : la corruption, la misère, les amours intéressées, les divisions ethniques. On danse dessus, mais les paroles cognent. Magic System émerge de cette deuxième génération du zouglou. Leur premier album, Papitou (1997), se solde par un échec commercial. Ils persistent. C’est cette obstination, conjuguée au matériau autobiographique brut qu’A’Salfo tient entre les mains, qui va produire Premier Gaou.

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Chaque sculpture qu'elle porte sur la tête, vingt minutes de travail parfois, six heures d'autres fois, est démontée le soir même. Ce qui subsiste n'est jamais l'objet, seulement son image. On croit regarder une performeuse née des réseaux sociaux ; on observe une sculptrice dont le matériau repousse, et qui a rendu à la coiffure africaine une fonction qu'elle avait perdue depuis longtemps : dire quelque chose.
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