Les Léopards remportent le match de l’élégance traditionnelle

La veste, en velours sombre, est constellée de taches de léopard qui captent la lumière comme une peau vivante © JmakxParis

L’ÉPOPÉE DES ÉTOFFES DANS LA FÊTE

Avant que les crampons ne mordent la pelouse marocaine, avant que les tribunes ne grondent et que les nations ne s’affrontent, une autre compétition s’est jouée, plus silencieuse, mais tout aussi féroce : celle de l’allure. À l’ouverture de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, le continent n’a pas seulement défilé avec ses joueurs. Il est arrivé avec sa mémoire, ses symboles, ses lignées et ses rêves cousus dans la trame des tissus. Chaque délégation portait sur ses épaules non pas de simples vêtements, mais des fragments d’histoire, des parcelles de terre, des manifestes de dignité. Ce fut d’abord une procession de matières et de sens.

Le Mali s’est avancé drapé dans la gravité tellurique du Bogolan, étoffe née de la boue et du feu, dont chaque motif semble murmurer des secrets initiatiques. Le Burkina Faso, fidèle à son nom et à sa promesse, a fait vibrer le silence des métiers à tisser avec le Faso Danfani, rappelant que l’élégance peut être un acte de résistance. Le Sénégal, lui, a imposé le respect par la blancheur souveraine de ses grands boubous, vastes voiles de noblesse où la lumière elle-même semblait hésiter à se poser. C’était une symphonie de textures : la rigidité fière du coton tissé, le souffle de la soie, la patience infinie des broderies. Un concert de couleurs, de volumes et de symboles. Et pourtant, dans cet orchestre, une absence pesait. Un silence. Celui de la République Démocratique du Congo.

L’APPARITION TARDIVE DU LEOPARD

Il est des entrées qui se font attendre pour mieux suspendre le temps. La République Démocratique du Congo n’est pas arrivée. Elle est apparue. Dévoilée en dernier, dans un murmure devenu rumeur, la tenue des Léopards n’a pas simplement complété le tableau : elle l’a renversé. Là où d’autres célébraient la tradition, le Congo a choisi la transgression maîtrisée, la synthèse audacieuse, la modernité enracinée. Signée Alvin Junior MAKENGELE, la création est une lettre d’amour à Kinshasa, à la Sape, à cette religion de l’élégance où le vêtement est une revanche sur le chaos. La veste, en velours sombre, est constellée de taches de léopard qui captent la lumière comme une peau vivante. La coupe, asymétrique et affirmée, évoque le dandy guerrier, le prince urbain, le stratège du style. Une alchimie rare Ce qui propulse cette tenue au sommet de la hiérarchie esthétique de cette CAN, c’est sa capacité à réconcilier les contraires.

Le sacré et le profane : les boutons en cauris ne sont pas des ornements, mais des talismans. Une mémoire ancestrale cousue sur un corps moderne. Le local et le global : en délaissant le wax industriel au profit d’un artisanat noble, la RDC affirme que le luxe africain n’a pas vocation à imiter, il est destiné à définir. La force et la grâce : les épaules sont martiales, la silhouette est fluide. Si la RDC a été unanimement saluée comme la délégation la mieux vêtue, ce n’est pas par goût du faste. C’est parce qu’elle a compris que la CAN est aussi un miroir : celui d’une Afrique qui refuse de s’effacer, de se simplifier, de se résumer. Dans ce retard calculé, il y avait l’arrogance tranquille du génie. Celle qui sait que l’on attend toujours ce qui est rare. Le verdict n’est pas tombé des juges, mais des cœurs : au Maroc, avant même d’espérer soulever le trophée, les Congolais ont déjà conquis celui de l’esprit. Ils ne sont pas venus pour jouer. Ils sont venus pour régner.

La veste, en velours sombre, est constellée de taches de léopard qui captent la lumière comme une peau vivante © JmakxParis

LES GRANDES MAISONS SYMBOLIQUES DU CONTINENT

Le Mali et le Bogolan : La Terre Mère : Teint à l’argile fermentée, le Bogolan déploie ses ocres et ses noirs comme une cosmogonie portable. Chaque motif est une protection, un récit, un pacte ancien. Porté ici dans une coupe contemporaine, il unit l’initié et le citadin. Le Burkina Faso et le Faso Danfani : Le Fil de la Patrie : Coton tissé à la main, texture fière, rayures sobres : ce tissu est un manifeste politique autant qu’esthétique. Il dit que l’élégance commence par la souveraineté. La Côte d’Ivoire et le Kita : L’Éclat Royal : Explosion de couleurs et de soie, le Kita, cousin du Kente, est un tissu de cour et de chefferie. Le jaune y chante la prospérité, le vert promet la croissance.

Le Sénégal et le Grand Boubou : La Prestance du Lion : Basin riche, broderies ton sur ton, volumes majestueux : ici, le vêtement impose le tempo. On ne marche pas, on progresse. Le Nigeria et l’Agbada : L’Audace Cosmopolite : Version stylisée, vert national et broderies d’argent : le Nigeria prouve une fois encore que la tradition peut dialoguer avec le monde sans perdre son accent. Le Bénin et le Baru Bekuru : L’Héritage Baatonu : Tenue de cavaliers et de guerriers, elle évoque la bravoure, la mobilité, la conquête. Chaque joueur y devient un combattant rituel. Le Maroc et le Jabador : L’Hôte Raffiné : Soies, broderies Maâlem, tarbouche écarlate : le pays hôte a joué la carte de la fluidité et de la géométrie sacrée. L’Afrique du Sud et le Shweshwe : La Géométrie Ancestrale : Indigo profond, motifs répétitifs, mémoire Xhosa et Sotho : une tradition graphique injectée dans une modernité sportive.

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